DEVOIR DE MÉMOIRE
ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE 1918
COMMÉMORATION DE L'ARMISTICE
DU 11 NOVEMBRE 1918
VILLENEUVE LA GARENNE
DISCOURS DE
M. Alain Bernard BOULANGER
Chevalier de la Légion d'Honneur
Maire de VILLENEUVE LA GARENNE
Vice Président du Conseil Général
des Hauts de Seine.
11 Novembre 2006.
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants et Résistants,
Mesdames, Messieurs,
Chers enfants,
L’Histoire de France est complexe, violente et à maintes reprises notre pays a connu des périodes difficiles, échappant de peu à la disparition. La commémoration des grands moments de notre Histoire est une nécessité de mémoire mais aussi de cohésion nationale. Trop souvent hélas, les commémorations sont sélectives et ne servent que peu à la compréhension des conditions dans lesquelles notre pays s’est forgé. Nous devons accepter et nos parts de grandeur et nos parts de noirceurs, en s’appuyant sur les uns, en tirant leçon des autres, pour que la France continue à avoir cette place si singulière dans l’Histoire du Monde.
Nous sommes rassemblés ce matin, autour de ce monument aux morts rénové, qui symbolise si bien l’unité de notre nation face à ses difficultés, afin de rendre hommage à ceux qui ont été jusqu’au sacrifice suprême pour assurer notre liberté.
Le 11 novembre 1918, quelques mois après l’ultime offensive allemande, quelques semaines après le début de la contre offensive alliée, le clairon à 11 h sonnait sur le front occidental la fin, non des hostilités, mais celle des combats après plus de quatre années de guerre. L’Histoire retiendra qu’elle a été la première des guerres mondiales, et qu’elle marquera profondément l’Histoire de l’Europe, effaçant de la carte des Empires, émiettant l’Europe centrale, faisant disparaître la Double Monarchie qui maintenait des peuples disparates dans la Paix tout au long du Danube.
De cette guerre on pouvait dire aussi, qu’elle n’était qu’un épisode d’une aventure commencée avec les fils de Charlemagne dont l’objet était de dépecer la Lotharingie médiane, dont il ne reste plus désormais que les Etats du Benelux et la Suisse. Onze siècles de combats, d’alliances, de trahison pour que de grands peuples aient des frontières communes, qui hélas allaient aussi devenir des lieux d’affrontements.
Une longue histoire donc, sans surprise et pourtant, d’un côté une nation très tôt centralisée, si tôt réduisant les forces centrifuges menant deux combats, l’un contre un ancien féal ayant trouvé couronne outre mer en Angleterre, l’autre contre une puissance considérable sur laquelle le soleil ne se couchait jamais. Mais les Allemagnes avec leurs 300 Etats plus ou moins indépendants, réunis dans le Saint Empire romain germanique, ne constituaient pas pour la France un danger extérieur. Nombre princes seront d’ailleurs nos clients, nos alliés. Il faudra une dynastie modeste, mais pugnace, les Hohenzollern pour créer à l’intérieur de ce cadre lâche, un royaume puissant compensant par la force de ses armées, l’incertitude de ses frontières. Des quelques terres autour de Nuremberg, du Brandebourg puis à la Prusse il lui faudra 3 siècles pour écarter du trône impérial, les Habsbourg et devenir une puissance redoutable, qui en moins de 10 ans, mettra le Danemark au pas, battra la Double Monarchie à Sadowa et la France à Sedan.
L’Histoire dans le passé a déjà connu de ces ajustements, ou un Empire écarte brutalement la puissance antérieurement dominante. En 1870, un nouvel équilibre naît de ces batailles, la France et l’Empire allemand sont de forces comparables. L’Angleterre renforce son Empire outre mer, la Double Monarchie bloquée au Nord et à l’Est tourne son regard vers les Balkans, et la Russie immense, imprévisible, tente de conforter ses frontières au Sud et à l’Est.
Le jeune Empire allemand craint un réveil de la France, son Histoire et sa richesse soulignent assez qu’elle est capable de payer une rançon à l’époque sans précédent qui sera gardée précieusement dans le donjon de sa citadelle de Spandau près de Berlin, mais aussi de réformer profondément ses armées, et de reconstituer une double lignes de citadelles pour garder ses frontières.
Le demi siècle qui sépare la guerre de 1870 de la guerre de 1914 est surprenant, car c’est la période de toutes les transformations. Un monde qui avait peu bougé depuis les guerres de l’Empire se modernise, cherchant un surcroît de puissance dans l’amélioration de la technologie. Chaque pays se spécialise, la France puise dans sa tradition l’amélioration de l’artillerie de campagne, avec le canon de 75, l’Allemagne et l’Autriche créent une artillerie lourde, l’Angleterre et l’Allemagne se lancent dans la course navale avec un renforcement des blindages et de la puissance de l’artillerie. Mais les armées ne sont jamais que des instruments au service de politiques expansionnistes. La guerre de 1914 même si elle s’inscrit dans la tumultueuse histoire de nos pays et de l’Europe, n’était pas inéluctable.
Le traité de Francfort signé le 10 mai 1871 avait organisé l’isolement diplomatique de la France, et il a fallu toute la constance de DELCASSE pour arriver à surmonter ce handicap en négociant successivement une alliance avec la Russie, troublée par sa défaite contre le Japon en 1905, puis avec la Grande Bretagne inquiète de la création d’une flotte de combat par l’Empire Allemand. Il faudra encore du temps et bien des promesses pour détacher l’Italie de l’alliance avec les puissances centrales qui très vite vont être à leur tour isolées, avec un fort sentiment d’encerclement.
Personne ne veut la guerre, mais chacun s’y prépare avec un tel zèle qu’il est difficile pour les diplomates de contrer les arguments avancés par les Etats major.
Les états balkaniques sont en pleine effervescence. La Sublime Porte est bien « l’homme malade » de l’Europe, ses troupes reculent depuis la fin du XVIIème siècle, et des Etats sujets, puis indépendants naissent, se coalisent ou se divisent cherchant à la fois à chasser la Turquie de l’Europe, mais aussi à dominer ce champs laissé vacant. La Double Monarchie catholique, s’estime naturellement la puissance tutélaire de ces provinces au sud de ses frontières, la Russie se voit en protection naturelle des populations orthodoxes. La frontière commune, entre les deux empires, passe par la Pologne divisée et la Ruthénie province d’Ukraine occidentale.
François-Joseph vieillissant ne veut pas d’une guerre, dont son Empire n’a que trop souffert. La mort de son héritier qu’il ne comprend guère ne l’attriste pas, la rigueur de la cour poursuivra d’ailleurs son épouse morganatique jusque dans la mort. Le 28 juin 1914 n’est qu’un incident qui doit permettre de mettre à la raison, un voisin incertain et turbulent. L’opération limitée aux yeux des autrichiens doit être rapide et sans autre conséquence.
La diplomatie européenne est une affaire de famille, seule la France connaît la République, tous les monarques sont cousins, nombre d’entre eux ont des liens proches avec Edouard VII. La flotte anglaise est à Kehl. Le Président de la République revient de Saint-Pétersbourg par mer. Les mesures militaires décidées sont de simples précautions, et nul ne pense qu’une guerre puisse se déclencher. D’ailleurs chacun connaît le plan d’attaque de l’autre, contrarié ou non par les traités internationaux.
A nos yeux les alliances, parce qu’elles ont eu des effets, étaient certaines. A l’époque il n’en était rien. L’Entente Cordiale n’a aucun effet miliaire, le Cabinet Britannique a d’ailleurs délibéré, l’utilisation par l’Allemagne du territoire Belge pour une attaque n’est pas un casus belli. La concentration des troupes russes est réputée lente, le haut Etat Major allemand pense qu’il pourra écraser par enveloppement l’armée française avant toute attaque russe. L’Autriche ne peut s’imaginer que l’armée du vieux Roi Pierre 1er de Serbie puisse lui résister. Le XVIIème plan de concentration du général de Castelnau n’est pas un plan d’attaque et le général Joffre pense pouvoir percer sur l’étroit front de l’Alsace et de la Lorraine.
Août 1914 est à la fois le résultat d’un considérable gâchis diplomatique et l’enchaînement mécanique de décisions militaires longuement préparées à l’avance. Les investissements français en Russie et l’aide technique de notre Etat Major va accélérer de plusieurs semaines le déclanchement de l’attaque à l’Est, la Serbie résiste ; la Grande-Bretagne inquiète refuse l’occupation d’Anvers et de la côte Belge, l’armée française plie, mais se reprend, la guerre met en ligne des armées qui jamais dans le passé n’ont été aussi nombreuses. Chacune apprend à ses dépends que le feu tue, et que la charge n’est pas le moyen de gagner face à la mitraille et à l’artillerie de campagne.
D’une guerre de mouvements, la guerre se transforme en guerre d’usure, et nous commémorons cette année le 90ème anniversaire de ce qui en fut la plus sanglante illustration la bataille de Verdun. Le général FALKENHAYN après avoir écarté une attaque sur Belfort, a choisi une brève section de front à Verdun, moins de 10 Kms. La rupture du front à cet endroit,briserait le dispositif français d’autant que le saillant de Saint-Mihiel au sud-est favorise la position allemande. La méthode utilisée s’appuie sur la supériorité de l’artillerie lourde allemande, l’attaque des canons de 210 en roulement de tambour écrasera tout sur son passage. Les préparatifs allemands ont été perçus par notre deuxième bureau. Cependant le déclanchement de l’attaque le 21 février 1916 à 5 heures du matin, surprend par son ampleur, 1225 pièces d’artillerie de tous calibres, dont des monstres de 420 mm tirent sur un front de 8 kms. Les troupes françaises sont assommées mais nos soldats tiennent et tirent. En 4 jours, l’attaque allemande s’épuise, le quartier général du Kronprinz en a conscience. Pendant des mois cependant l’affrontement se poursuit jusqu’à ce que le 12 juillet FALKENHAYN ne suspende tous les ordres d’attaquer. Cette victoire française coûte 800 000 soldats aux deux armées. Verdun restera à jamais l’illustration du courage du paysan français pour défendre sa terre.
De 1916 à 1918 d’autres combats seront menés, d’autres morts viendront s’ajouter à la liste déjà longue des victimes, mais le poids des armes joue en faveur des forces alliées, les Empires centraux étouffés par le blocus sont contraints de jeter une dernière fois leurs forces dans la bataille. Celle-ci leur sera défavorable.
La France est victorieuse mais exsangue, elle ne saura pas restaurer la Paix et le traité de Versailles nous vaudra à la fois la haine de nos ennemis et la perte du soutien de nos alliés. Les Etats-Unis ne ratifieront pas le traité, les anglais ne croient pas aux réparations. L’Italie s’estime trompée, et la multitude d’états médiocres crées à l’Est ne constituera jamais une alliance de revers. 1939 est inscrit dans le diktat de Versailles.
En 2006, dans un monde bouleversé qui ne connaît pas la paix, la France et l’Allemagne - elles - sont en paix et si nous commémorons cette date c’est moins pour la gloire de nos armes, que pour nous souvenir du sacrifice de nos pères. Ils ont à jamais des droits sur nous.
Alain Bernard BOULANGER.