DEVOIR DE MÉMOIRE

ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE 1918
COMMÉMORATION DE L'ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE 1918

VILLENEUVE LA GARENNE

 
 
 
DISCOURS DE

M. Alain Bernard BOULANGER

Chevalier de la Légion d'Honneur

Maire de VILLENEUVE LA GARENNE

Vice Président du Conseil Général
des Hauts de Seine.



CÉLÉBRATION de l’ARMISTICE du 11 novembre 1918


Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants et Résistants,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers enfants,


Le 11 novembre 1918 à cette même heure, le clairon sonnait sur l’ensemble du front occidental, la fin des hostilités. Les représentants du gouvernement provisoire des états allemands ayant signé l’armistice à Rethondes, dans les conditions imposées par les puissances alliées.

Cet armistice mettait un terme à la Première guerre mondiale, au cours de laquelle une France d’un peu moins de 40 millions d’habitants avait su mobiliser 8 600 000 hommes, dont le 1/6ème sera tué, des centaines de milliers blessés, dont certains affreusement, les gueules cassées.

Nous savons hélas, que cet armistice n’était que provisoire, et qu’une succession d’erreurs et de lâchetés, conduira à nouveau à la guerre en 1939.

Comme chaque année, nous commémorons ce qui a durablement frappé les esprits. Jamais auparavant, le monde n’avait connu un conflit aussi généralisé, et aussi brutal. L’année 1914, nous renvoie aux guerres traditionnelles, que l’Europe avait connues au cours des siècles écoulés, charges de cavaleries, mouvements de troupes à pied, mise en batterie d’artillerie attelée, mais peu à peu, les armes se modernisent, utilisation de l’avion comme moyen d’observation, puis de bombardement de l’artillerie lourde sur rail, du gaz moutarde, et enfin du char d’assaut.

Les pertes sont considérables, sur tous les fronts et dans tous les camps et les états impliqués en sortiront durablement meurtris, les anciens combattants traumatisés, ne parleront-ils pas d’ailleurs de la Der des Der, tant les sacrifices exigés avaient été considérables.

Cette commémoration en 2004 nous permet aussi d’évoquer deux dates importantes, dont nous célébrons l’anniversaire :


Le centenaire de l’Entente Cordiale, entre la France et l’Angleterre, le 8 avril 1904 anniversaire du déclenchement des hostilités, le 2 août 1914 La politique étrangère de la France a été profondément marquée par l’influence de deux grands esprits, François 1er et Richelieu, l’un et l’autre confrontés à une puissance continentale considérable l’Empire des HABSBOURG qui entourait la France de tous côtés et qu’il fallait contenir, et même tenter de réduire.


Face à cette menace, François 1er comprend bien la nécessité d’avoir des alliés. Il cherche du côté du Roi Henri VIII mais l’Angleterre est elle-même en train de définir les grandes lignes de sa politique étrangère : éviter d’être directement impliqué dans les combats sur le continent, et s’opposer systématiquement à la puissance dominante en Europe. Ce dernier point était susceptible d’entraîner des changements d’alliance continuels, or la France avait besoin de garanties. Elle se tournera vers l’Empire Ottoman. Nous signerons ainsi avec Soliman II le Magnifique, un traité en 1535, qui sera respecté pendant presque 4 siècles, jusqu’en 1914, la Turquie prenant alors le parti des Empires centraux.

Le deuxième axe de notre politique extérieure : maintenir sur nos frontières, des états faibles et divisés. Le traité de Westphalie signé en 1648, maintiendra ainsi plus de 300 états allemands profondément divisés, et consacrera une Italie émiettée lieu d’affrontement des principales puissances européennes.

Les fautes de l’Empire nous laisseront en 1871, amoindris et isolés, face à une Allemagne unifiée par la Prusse, et à une Italie rassemblée.

Il faudra toute l’habilité de la diplomatie française, et sans doute, l’action de l’un de ses plus grands ministres des affaires étrangères, Delcassé qui de 1898 à 1905 restera au quai d’Orsay pour renverser cette situation fâcheuse.

L’alliance de revers avait été obtenue, dès avant son arrivé au Ministère, grâce aux accords signés avec la Russie. Cette puissance considérable avait pour se moderniser besoin d’énormément d’argent. Vienne était son banquier traditionnel, la souscription massive par la France, des emprunts russes nous vaudra une place économique privilégiée à Saint-Pétersbourg, puis l’alliance militaire, alliance large et précise. Les nombreuses rencontres entre les Etats-majors ayant pour principal objet, d’accélérer au maximum la rapidité de mobilisation des troupes russes. Il était essentiel en effet, que la Russie soit capable d’entrer en campagne, avant que l’armée française n’ait été dominée.

Cette alliance était nécessaire, mais elle n’était pas suffisante. L’Angleterre en effet risquait d’être l’alliance de revers des Empires centraux contre nous. Ses intérêts coloniaux étaient contraires aux intérêts russes en Iran et en Afghanistan, contraire aux intérêts français, en Afrique et plus particulièrement au Soudan, où le commandant Marchand était campé à une portée de canon des troupes anglaises à Fachoda.

Delcassé, comprend qu’il faut trouver un accord avec la Grande Bretagne, et utiliser les tensions entre l’Angleterre et l’Allemagne en matière navale pour assurer le rapprochement entre nos deux pays. Il va réussir en outre à détacher l’Italie de la Triple Alliance, au prix il est vrai de promesses qui ne seront pas toutes tenus le moment venu.

Les négociations, seront longues et difficiles, et il faudra l’implication personnelle du Roi Edouard VII pour que l’accord soit signé le 8 avril 1904 réglant dans le détail une série de différents dont certains étaient pendants depuis le traité d’Utrecht signé en 1713

L’Angleterre ne sera pas un ennemi mais pour autant peut-on parler d’alliance ? Au sens militaire, rien n’était réglé, et l’affaire de Tanger qui conduit en 1905, le président du Conseil Rougier à évincer Delcassé par crainte de l’Allemagne, remet en cause les conditions de l’Entente. Paul Cambon, notre ambassadeur auprès de la Cour de Saint-James, pendant plus de 20 ans devra faire preuve de beaucoup de persuasion pour convaincre le gouvernement britannique du sérieux de nos intentions.

Les ultimes préparatifs de la guerre sont bien connus. L’Allemagne veut sa part des états coloniaux et, pour ce faire, veut posséder une marine de combat qui puisse rivaliser avec celle de l’Angleterre. Ceci conduira, d’ailleurs, au premier et seul accord militaire entre la France et la Grande-Bretagne, alors que Winston Churchill est Premier Lord de l’Amirauté. La flotte française défendra la Méditerranée, et les intérêts anglais dans cette zone, nous nous en remettions à la flotte anglaise pour la défense de nos côtes de la Mer du Nord, et de la Manche.

Les guerres se multiplient dans les Balkans, où naît l’espoir de rejeter les Ottomans hors d’Europe.

Le 28 juin 1914, l’Archiduc François Ferdinand et sa femme, échappent à un premier attentat à Sarajevo. Ils succomberont au second.

Les chancelleries hésitent, la Double Monarchie voit dans cet incident le moyen de mettre un terme à son profit, aux incertitudes sur sa frontière sud. La Russie n’y peut consentir, l’ultimatum Autrichien est inacceptable, la Russie mobilise, chacun suit, la guerre est inévitable, on veut la croire limitée et courte, elle va être longue, sanglante et bouleverser à jamais l’équilibre du monde.

Militairement les plans sont connus, l’Allemagne sait qu’elle devra combattre sur deux fronts. La France aime à croire que sa frontière avec l’Allemagne restera insérée entre deux états neutres, la Belgique au Nord, La Suisse à l’Est, toutes nos forces seront donc concentrées face aux provinces perdues, en 1871, l’Alsace et la Lorraine. Le général de Castelnau en rédigeant le XVIIème plan de mobilisation, a parfaitement étudié et respecté les traités internationaux.

Pour que la guerre soit courte, le Grand Etat Major allemand, successeur de la machine de guerre mise en œuvre par le grand Frédéric de Prusse, a déterminé qu’il fallait d’abord attaquer à l’Ouest envelopper et battre l’armée française, avant même que l’Angleterre ait pu débarquer ses maigres contingents et ensuite se retourner contre la Russie avec toutes ses forces.

Sur le front limité, qui va de la Suisse au Grand Duché du Luxembourg, la France aligne des forces égales à celles de l’Allemagne, avec en outre, les forts nombreux et puissants érigés par Serré de Rivière, l’étroitesse et la force de cette ligne rend impossible la réussite d’une attaque frontale, il faut donc déborder par l’ouest cette barrière infranchissable et Schlieffen a très tôt envisagé de traverser la Belgique et le sud des Pays-Bas, pour attaquer à l’ouest des Ardennes.

Le Roi des Belges est allemand. On pense qu’il laissera faire, Albert le Grand est un monarque fier de son indépendance, soucieux de sa neutralité, et fidèle à sa parole. Il se met lui-même à la tête des ses troupes, et combattra pour tenir. Son courage, sa résistance, entraînent l’Angleterre, qui ne veut pas laisser Anvers, aux mains de l’Empire Allemand. Le système d’Alliance est efficace, l’armée Belge se replie mais résiste, une armée anglaise débarque et prend position à l’ouest de l’aile gauche française attaquée. Le général Joffre, utilise le chemin de fer pour transférer à l’ouest une partie de ses troupes, nous subissons le choc, nous reculons, mais nous ne cédons pas.

A la charnière du dispositif, la Vème armée française commandée par le général Lanzerac, Le Kaiser espère l’envelopper, Lanzerac se retire en combattant, ses 300 000 hommes pourront ainsi participer à la victoire de Guise, trop oubliée, mais aussi à la bataille de la Marne même si entre temps, il a été relevé de son commandement.

Le commandant Allemand, le général Von Kluck croit tenir l’armée française et au lieu d’exécuter le vaste mouvement d’encerclement prévu par la Basse-Seine, et le retour par Orléans, il veut passer au nord-est de Paris, oubliant la puissance de cette place forte, et de l’armée du général Galliéni. Son flanc est à découvert, mais comme l’avaient été à maintes reprises les armées du grand Moltke en 1870. Il croit en son destin. Le courage du paysan français, le calme de Joffre, l’audace de Galliéni, le piègent, battu sur la Marne, il se replie, la guerre de mouvement est terminée, chacun cherchera bien à atteindre la mer pour trouver un passage et envelopper l’aile de l’adversaire, mais bientôt les armées s’enterrent en deux longues lignes parallèles. La guerre durera 4 ans, avec les dramatiques boucheries de Verdun et de la Somme.

Les millions de morts, de blessés, de veuves, d’orphelins traumatiseront à jamais les peuples d’Europe. Mais le choc est tel, que les traités de paix imposés sont autant d’injustices, personne ne croit qu’ils peuvent apporter la Paix, on essaie de croire qu’ils peuvent prévenir la guerre. Le parlement américain refusant de les ratifier, justifiera l’analyse allemande selon laquelle le Diktat de Versailles est une injustice française.

Ces évènements, ne sont pas simplement derrière nous, oubliés, ils illustrent combien la Paix est fragile, et combien nous devons être attentif à tout ce qui peut la remettre en cause. N’ayons pas de jugement définitif, sur le passé et nos prédécesseurs, observons le cours des évènements pour éviter que ceux dont les noms sont inscrits sur nos stèles, dans nos cimetières, ne soient morts en vain. Nous leur devons en effet notre liberté.