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DISCOURS DE M. Alain Bernard BOULANGER
Chevalier de la Légion d'Honneur
Maire de Villeneuve la Garenne
Vice Président du Conseil Général des
Hauts de Seine
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8 mai 2006.
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Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les Anciens Combattants et
Résistants,
Mesdames, Messieurs,
Mes Chers Enfants,
Le 8 mai 1945 à Berlin, les puissances alliées
recevaient la réitération de la réddition sans condition des troupes
allemandes, qui avait été signée la veille à Reims.
Cet épisode majeur de la seconde guerre mondiale
mettait un terme aux opérations tant sur le front occidental que sur le
front oriental, mais la guerre n’était pas terminée, et il faudra des
combats sanglants et deux bombes atomiques pour que le Japon mette un
terme aux combats qu’il avait initié en Chine et en Corée, bien des années
auparavant, dans une indifférence quasi générale si l’on excepte quelques
réflexions de la Société des Nations qui avait d’ailleurs conduit le Japon
à s’en retirer.
Le général Lyautey avait considéré avec juste raison
que la guerre déclenchée en 1914 était une guerre civile européenne qui
conduirait au désastre. Chacun avait pu noter en effet que depuis
Solférino la guerre avait changé de dimension, de nature même, la rapidité
de concentration et de transport des troupes, grâce au chemin de fer,
l’amélioration si je puis dire de l’artillerie, les masses mises en œuvre,
tout cela permettait de prévoir que la guerre ne serait pas fraîche et
joyeuse, ni même qu’elle serait courte et le carnage fut horrible,
marquant profondément les esprits.
« Plus jamais ça ! ».
Pour la première fois la guerre avait été mondiale, et
nul ne savait comment y mettre un terme. Le congrès de Paris se voulait la
reproduction du congrès de Vienne en 1815 à la réserve près, que seules
les puissances victorieuses se réunissaient et que la Paix serait imposée.
Les traités doivent être acceptés en l’état, tous seront contestés et
certains jamais ratifiés ou appliqués. Personne ne sait en outre comment
traiter la Russie, où la guerre civile et étrangère va se poursuivre.
L’Allemagne est à la fois touchée dans son honneur,
(elle doit se reconnaître comme seule responsable de la guerre), dans son
prestige militaire (son armée réduite à rien, sa flotte invaincue saisie),
dans son économie, (pèse sur elle le risque de réparations impossibles à
chiffrer encore moins à payer). Mais la naïveté, les erreurs de ses
vainqueurs, la place en position dominante au cœur de l’Europe au milieu
d’Etats modestes qui ne sauraient à terme lui résister.
Pour la première fois, la France n’avait pas été
capable seule de tirer l’épée, et la disproportion entre la gloire de nos
armes, et notre faiblesse démographique, vis-à-vis de l’Allemagne va nous
conduire à une politique chaotique, mêlant raideur et faiblesse, nous
aliénant nos amis et ceux qui avaient été nos ennemis.
Nos alliés vont pratiquer l’isolement et l’Allemagne
qui cherchera la réconciliation se verra humiliée, son économie ruinée, sa
démocratie naissante ébranlée faisant ainsi le lit à un régime
d’abomination, qui en quelques années, recouvrira toute sa puissance et
des terres autrefois entre les mains de la Double Monarchie, que nous
n‘avions pas eu la sagesse de maintenir.
1938-1939 les coups se succèdent, et septembre 1939
pour les puissances occidentales, c’est une guerre déclarée sans
préparation, sans armement, sans plan concerté : l’Allemagne est sur le
Rhin, la Pologne sacrifiée, et notre état-major rêve de se venger sur
l’union soviétique, alliée et complice de l’Allemagne nazie, après le
Pacte Germano-Soviétique signée par Ribbentrop et Molotov.
La drôle de guerre s’installe sur le front occidental.
Rien ne se passe, notre brève incursion sur la frontière allemande a été
immédiatement suivie d’un repli prudent. La France s’oppose à tous les
projets de CHURCHILL qui, esprit inventif n’en manquait pas. Bref on
espère une guerre qui ne se déclenchera pas.
L’attaque interviendra le 10 mai 1940, date funeste,
celle de l’anniversaire du traité de Francfort qui nous avait fait perdre
l’Alsace et une partie de la Lorraine. De façon incompréhensible, une
armée mise en position défensive est lancée en avant. Pour protéger la
France, le généralissime fera livrer bataille en Belgique, une bataille
classique, non pas dans la boue des tranchées, mais une bataille de
rencontre.
Les Ardennes, ce massif forestier impénétrable aux
chars, sont à découvert, l’attaque allemande y est massive et rapide.
Cette erreur sera répétée en 1945 par nos alliés lors de la contre attaque
allemande de Bastogne. Nos divisions sont dispersées, le front coupé,
l’armée de Belgique en danger sur son flanc et ses arrières, le reste ne
sera qu’une longue reculade, en espérant que l’ennemi devant des lignes
d’approvisionnement trop étirées, devra s’arrêter de lui-même. Le
gouvernement se replie à Bordeaux, Paris déclarée ville ouverte est
occupée le 14 juin. Churchill effaré comprend que l’armée française pour
qui il avait tant d’admiration n’a plus aucune masse de manœuvre en
réserve.
Le gouvernement divisé voudrait imposer au Général
Weygand l’odieux d’une reddition en rase campagne. Ceci avait valu son
honneur au Maréchal Bazaine, condamné à mort, conformément au code
militaire par le conseil de guerre. Il ne reste qu’à poursuivre la guerre,
dans l’Empire avec la flotte intacte, ou accepter la honte de l’armistice.
Le Maréchal PETAIN, le héros de Verdun, nouveau Président du Conseil
annonce son intention le 17 juin. Le 18 juin de Londres, le Général de
Gaulle appelle à la résistance.
Mais la guerre ne se résume pas à la campagne de
France. Après celle de Pologne, cette valeureuse nation attaquée par
l’Allemagne et par l’Union Soviétique, battue certes mais qui a su
résister plus longtemps et mieux que nous. L’Angleterre hésite, Winston
Churchill a été l’un des rares responsables politiques à comprendre la
nature exacte du régime nazi et il n’hésitera pas, pour montrer sa
détermination, à emprisonner ceux des anglais favorables à l’Allemagne.
Hitler espérait la paix, il se trompe, Goering lui promet la victoire, il
se trompe aussi.
A défaut d’occuper l’Angleterre, Hitler comme Napoléon,
retourne ses armées contre son allié soviétique. Le choc est violent.
Staline ne peut le croire, mais comme pour Napoléon aussi, l’attaque est
lancée trop tard en saison. L’hiver va briser l’élan initial.
1941 verra aussi l’entrée en guerre des Etats-Unis
après l’attaque japonaise contre sa flotte à Pearl Harbor.
Le basculement de la guerre intervient fin 1942 ou en
quelques mois, les Anglo-américains débarquent en Afrique du Nord, les
anglais gagnent en Cyrénaïque, et l’armée du Maréchal von Paulus est
enfermée à Stalingrad.
Il faudra encore près de 3 ans pour arriver à la
défaite totale des troupes allemandes. Jamais le monde n’avait connu
pareille épreuve : guerre de manœuvre mettant en cause des milliers de
chars, bombardements effroyables, avec l’objectif coté alliés de frapper
les civils pour briser les volontés, les tempêtes de feu scientifiquement
organisées détruisent Dresde et Hambourg, batailles navales multiples, des
victimes par millions, des prisonniers et par-dessus tout l’abominable,
des crimes raciaux, qui 60 ans plus tard frappent encore les esprits par
leur ampleur, leur cruauté, véritable barbarie des temps modernes.
Après le congrès de Vienne, l’Europe pour la première
fois de son histoire avait connu 40 ans de paix. Depuis 1945 nous avons
connu 60 ans de paix, avec des périodes de tension, mais la volonté
partagée de trouver des solutions par la négociation, la concertation,
dans une époque où l’esprit du temps nous pousse à croire que nous sommes
dans une mécanique ou rien n’est possible. La période de 1919 à 1945
démontre au contraire que pour le meilleur, comme pour le pire,
l’influence de l’homme est déterminante. Cette leçon mérite qu’on s’y
arrête, et qu’on réfléchisse au prix qu’il nous a fallu payer. Ce monument
aux morts, devant lequel nous sommes réunis, que nous allons restaurer,
agrandir, magnifier, a pour but de nous le rappeler.
Alain Bernard BOULANGER |